Béziers : trois ans de prison pour une famille qui ciblait volontairement les personnes âgées dans les supermarchés

Le Stratagème Minutieux Pour Cibler Une Proie Vulnérable

La scène se déroule le 26 février à l’Intermarché Rabelais de Béziers. Aux caisses, une dame de 91 ans compose tranquillement son code bancaire. Ce qu’elle ignore, c’est que deux femmes l’observent avec attention. L’une d’elles porte une perruque blonde et un masque chirurgical. Les caméras de vidéoprotection du supermarché captent tout : le regard fixe, la position stratégique, la mémorisation des chiffres.

La vieille dame termine ses achats et se dirige vers le parking pour ranger ses courses dans le coffre. Les deux femmes la suivent. Elles l’abordent avec un prétexte rodé : elles se présentent comme ukrainiennes et cherchent une maison de retraite. La conversation détourne l’attention.

Pendant que la mère engage la discussion, la fille glisse la main dans le sac et s’empare de la carte bancaire. Le geste est rapide, précis. La victime ne se doute de rien. Un coup de fil, et le père arrive en voiture pour récupérer les deux complices. Le trio quitte les lieux.

Le lendemain, 27 février, la nonagénaire reçoit un message de sa banque : retrait suspect de 450 euros effectué la veille. Elle porte plainte immédiatement. Les enquêteurs exploitent les images. Trois personnes sont interpellées à Perpignan, chez l’aîné d’une famille de sept enfants. Le stratagème parfaitement huilé vient de se fissurer.

L’Engrenage Familial : Quand Trois Générations Passent À L’Acte

Ce jeudi 5 mars, l’interpellation a mené le trio droit devant le tribunal de Béziers. Dans le box, trois visages tendus : le père, la mère et leur fille de 23 ans. Trois heures d’audience pour démêler les mensonges.

Le père s’exprime en premier. Il se dit complètement innocent, jure qu’il ne savait rien. La mère, Serbe de 42 ans au RSA, nie elle aussi. Douze mentions à son casier judiciaire, mais elle clame son incompréhension. La présidente du tribunal la presse de questions. Pourquoi avoir suivi cette grand-mère jusqu’au bout du parking ? Le masque finit par tomber : « Parce qu’on voulait lui prendre sa carte bancaire », avoue-t-elle enfin.

La fille, déscolarisée avant le collège et sans emploi, s’effondre à son tour. Elle raconte tout : « J’ai volé la carte bancaire dans son sac, pendant que ma mère détournait l’attention de la dame. J’ai ensuite appelé mon père pour qu’il vienne nous chercher, mais il était au courant de rien. » Elle invoque sa dépression, son mari qui l’a quittée, comme pour justifier l’injustifiable.

Dans le box, la mère éclate en sanglots. La jeune femme retient ses larmes. Le père reste mutique. L’escorte policière se tient prête. Une famille entière prise au piège de ses propres aveux.

Face À La Justice : Un Réquisitoire Sans Pitié

Le silence se fait dans la salle. Le représentant du parquet se lève. Son réquisitoire claque comme une gifle. « On n’a pas fait tout ça à une personne de 25 ans, on la repère grâce à ses cheveux blancs… On choisit une vieille dame et on essaye de la dépouiller, c’est ignoble ! »

L’excuse de la dépression ? Il la balaie d’un revers de main. « Des gens fatigués et en dépression, il y en a plein la salle, mais ils ne s’en prennent pas à des vieilles dames ! » La voix monte, l’indignation est palpable. Ce n’est pas le montant volé qui compte ici – 450 euros, une somme dérisoire. C’est le ciblage méthodique d’une proie vulnérable.

Les réquisitions tombent, lourdes comme des couperets. Quatre ans de prison pour la mère, assortis d’une interdiction du territoire français. Trois ans pour le père. Douze à dix-huit mois pour la fille, malgré son casier vierge. Le tout avec maintien en détention immédiat pour les trois prévenus.

Dans le box, la mère sanglote de plus belle. Me Sylvain Fournier, avocat de la jeune femme, se dit « stupéfait ». Me Héloïse Dujardin plaide pour la mère : elle a des enfants, dont l’une gravement malade. Me Solène Mangin exige la relaxe du père, rappelant l’absence de preuves directes.

Mais le parquet ne lâche rien. La gravité réside dans le mode opératoire. Dans ces cheveux blancs qui ont servi de signal. Dans cette dame de 91 ans transformée en cible.

Le Verdict Tombe : La Prison Pour Les Parents, Le Sursis Pour La Fille

Le tribunal se retire pour délibérer. Puis la présidente revient. Les visages se figent. La sentence est sans appel.

Le père : deux ans de prison ferme. Malgré ses dénégations, malgré les affirmations de sa fille et de sa femme qui jurent qu’il n’était au courant de rien. Le tribunal n’a pas cru à son innocence. Il était là, au volant, il a récupéré les deux femmes. Complice.

La mère : trois ans de prison. Dans le box, ses sanglots redoublent. Elle pense à ses enfants, à cette fille gravement malade qui a besoin d’elle. Mais ses douze mentions au casier et son aveu tardif scellent son sort. L’interdiction du territoire français est finalement écartée – elle a un titre de séjour – mais la prison, elle, est bien réelle.

La fille : un an avec sursis pendant cinq ans. Son casier vierge lui sauve la mise. Elle sort libre, les larmes aux yeux, pendant que ses parents sont emmenés par l’escorte policière.

La présidente prend la parole une dernière fois. Sa phrase résonne dans la salle comme un verdict moral : « Ce n’est pas le préjudice qui donne la gravité des faits mais le mode opératoire et l’âge de la victime. »

450 euros volés. Trois vies brisées. Et une vieille dame de 91 ans qui, elle, devra vivre avec cette trahison.