L’Agression Dans Le Couloir Du Collège
13 h 40, collège Georges-Desnos de La Ferté-Bernard. Un adolescent de 14 ans s’approche de Julien, 11 ans. La phrase tombe, glaciale : « Tu veux que je t’étrangle ? » Quelques secondes plus tard, l’élève de 6e n’a pas le temps de réagir. Les mains se referment sur sa gorge. Dans le couloir de l’établissement sarthois, le garçon perd connaissance. Son corps chute lourdement sur le sol.
La scène du 13 février est brutale. L’élève de 4e, trois ans de plus que sa victime, a saisi Julien à la gorge sans hésitation. Le collégien s’effondre, inerte. Autour d’eux, la stupeur. L’enfant est rapidement transporté aux urgences pédiatriques du Mans. Les jours suivants, il souffre de violents maux de tête. Les séquelles d’un manque d’oxygène au cerveau.
« Mon fils a manqué d’oxygène et s’est évanoui », racontera sa mère Hélène au Maine Libre, treize jours après les faits. La violence de l’acte la hante : « Mon fils de 11 ans aurait pu mourir. » Une phrase qui résonne comme un cri d’alarme. Car pendant plusieurs heures, la vérité de ce qui s’est réellement passé dans ce couloir reste floue.
La Vérité Cachée Par L’Établissement
Pendant que Julien reprend conscience à l’hôpital, le collège Georges-Desnos diffuse sa version. Une version qui minimise. « On m’a dit qu’il était tombé sur la tête », rapporte Hélène. L’établissement évoque une simple chute sur un sol glissant. Pas de mention d’étranglement. Pas un mot sur l’agression. Juste un accident banal.
Mais le téléphone sonne. C’est le fils aîné d’Hélène, lui aussi scolarisé au collège. Les mots sont sans équivoque : « Il a été étranglé. » Les témoins ont vu. Les élèves savent. La réalité rattrape le discours officiel. À l’hôpital, Julien se confie enfin à sa mère. Il confirme. Les mains sur sa gorge. Le manque d’air. Le noir.
« Mon fils a manqué d’oxygène et s’est évanoui », témoigne Hélène au Maine Libre. Les violents maux de tête persistent pendant plusieurs jours. Les examens médicaux parlent d’eux-mêmes. Ce n’était pas une chute. C’était une agression. Une agression dont l’établissement a tenté de masquer la gravité. Entre le récit lénifiant du collège et les faits médicaux, le fossé est béant. Et la mère de Julien réalise l’ampleur du mensonge.
“Un Jeu Entre Deux Copains” : La Version Contestée
La direction du collège sort de son silence. Pour le principal, pas de doute : il s’agit d’un “jeu entre deux copains”. Une interprétation qui fait bondir Hélène. « Il a été intimidé par un élève plus grand que lui et n’a pas su s’opposer. Il ne voulait pas faire ce jeu », rétorque-t-elle. Les faits parlent d’eux-mêmes. Quatorze ans contre onze. Un élève de 4e face à un gamin de 6e. Un rapport de force écrasant.
L’argument du “jeu” tombe. « Tu veux que je t’étrangle ? » n’était pas une invitation ludique. C’était une menace. Et Julien n’a pas eu le choix. L’intimidation a fonctionné. Le plus jeune n’a pas su refuser. Le plus grand a serré. Quelques secondes plus tard, Julien perdait connaissance.
Après l’agression, l’agresseur présente ses excuses au téléphone. Puis il envoie un SMS à sa victime. Un message qui glace : « Bon rétablissement, p’tit con. » Les excuses sonnent creux. Le mépris transparaît. Derrière la façade du regret, l’ambiguïté demeure. Pour Hélène, la qualification de “jeu” est une insulte. C’était une agression. Une violence qui aurait pu tuer.
Un Phénomène Récurrent Et Dangereux
L’agresseur est exclu. En attendant le conseil de discipline, il ne remettra pas les pieds au collège Georges-Desnos. Une procédure est en cours à la gendarmerie. Mais ce qui alarme, c’est la répétition. Depuis le début de l’année scolaire, c’est le troisième signalement de ce genre dans l’établissement. Trois cas d’étranglement en quelques mois. Un chiffre qui révèle un problème non traité.
Les “jeux dangereux” persistent. Le jeu du foulard, l’étranglement entre élèves, ces pratiques mortelles circulent toujours dans les cours d’école. Hélène veut alerter. « Ces jeux dangereux existent encore », martèle-t-elle. Son objectif : prévenir les autres parents. Leur faire comprendre que derrière le mot “jeu” se cache une réalité brutale. Des enfants qui perdent connaissance. Des lésions cérébrales possibles. Des vies en danger.
La mère de Julien refuse le silence. Elle parle, témoigne, dénonce. Pour qu’aucun autre enfant ne subisse ce que son fils a vécu. Pour que les établissements cessent de minimiser. Pour que le mot “jeu” ne serve plus à masquer la violence. Aujourd’hui, Julien se remet. Mais le traumatisme reste. Et la question demeure : combien d’autres Julien avant que ces pratiques ne disparaissent enfin des collèges français ?