Croissant ordinaire : pourquoi votre boulanger grimace quand vous utilisez cette expression

Le Ras-Le-Bol D’un Boulanger Face À Une Demande Récurrente

La scène se répète plusieurs fois par jour dans sa boulangerie de Dreux. Un client pousse la porte, s’approche du comptoir, observe les viennoiseries dorées alignées derrière la vitrine. Puis vient la phrase qui exaspère le patron de la boulangerie Wulbrecht : « Je voudrais un croissant ordinaire. »

Ce boulanger n’en peut plus. Il a décidé de briser le silence sur Facebook pour dénoncer cette demande qui le hérisse. « Certains clients me demandent des fois un croissant ‘ordinaire’ », raconte-t-il. « Mais au fond ces clients mal informés savent-ils exactement ce qu’est un croissant ‘ordinaire’ ? Non, ils l’ignorent complètement. »

Quand l’artisan pose la question à ces clients, la réponse tombe invariablement : le croissant ordinaire serait moins gras que celui au beurre. Une croyance tenace qui fait bondir les professionnels. Car derrière ce terme « ordinaire » se cache une réalité bien différente de ce que les consommateurs imaginent.

Le boulanger ne supporte plus cette confusion entretenue depuis des années. Pour lui, cette demande révèle surtout une méconnaissance totale des produits que les Français consomment pourtant quotidiennement. Près de 42 % d’entre eux franchissent le seuil d’une boulangerie au moins tous les deux jours, sans vraiment savoir ce qu’ils achètent.

La Vérité Sur La Différence Entre Croissant Au Beurre Et “Ordinaire”

Cette confusion autour du « moins gras » repose sur une méconnaissance totale de la réalité. Le boulanger de Dreux brise l’illusion : « La différence entre un croissant au beurre et un ordinaire, est juste dans la matière grasse utilisée pour sa fabrication : du beurre pour le croissant au beurre (facile) ou de la margarine dans le croissant ordinaire (et là ça se complique !) »

La révélation tombe comme un couperet. Ces deux ingrédients affichent exactement la même teneur en matière grasse : entre 80 et 84 %. Aucune différence calorique, aucun avantage diététique. Le croissant à la margarine n’est pas plus léger, contrairement à ce que répètent les clients depuis des années.

« Pour le beurre, c’est facile, on utilise (et cela depuis près de 6500 ans) la matière grasse du lait de vache », explique l’artisan. Une simplicité ancestrale, un produit noble dont la composition ne cache rien. Le beurre, c’est du lait transformé. Point final.

« Pour la margarine, c’est beaucoup plus compliqué, mais surtout ‘opaque’ », poursuit-il. Derrière ce terme « ordinaire » se dissimule une composition bien moins transparente que celle du beurre traditionnel. Un constat qui ouvre la porte sur une réalité que peu de consommateurs soupçonnent lorsqu’ils commandent leur viennoiserie matinale.

La Composition Trouble De La Margarine Dévoilée

Cette opacité révèle une réalité troublante. La composition de la margarine varie considérablement selon les produits. Les margarines les plus courantes contiennent en grande partie des « huiles d’origines végétales (colza, maïs, arachide, soja, tournesol, palme…) mais elles peuvent également contenir des huiles de poissons ou des graisses de mammifères marins comme la baleine ou le cachalot. »

La révélation choque. Derrière le terme rassurant « croissant ordinaire » se cachent des graisses animales marines, des mélanges d’huiles dont l’origine reste floue. Un cocktail d’ingrédients qui n’ont rien à voir avec la simplicité du lait de vache transformé en beurre depuis des millénaires.

À cette liste déjà longue s’ajoutent de nombreux additifs. Émulsifiants, colorants, conservateurs : la margarine multiplie les composants pour imiter la texture et le goût du beurre. Une fabrication industrielle qui s’éloigne radicalement du savoir-faire artisanal.

Le seul avantage de ce produit ? Son coût, beaucoup moins élevé que celui du beurre. Mais ce prix réduit se paie par une qualité gustative incomparable. Le goût du croissant s’en ressent immédiatement. Entre un feuilletage au beurre et un autre à la margarine, la différence saute aux papilles. Une réalité que les véritables artisans boulangers refusent d’ignorer lorsqu’ils choisissent leurs matières premières.

Pourquoi Les Vrais Boulangers Refusent L’Ordinaire

Cette exigence gustative explique un choix professionnel. Les artisans boulangers qui s’offusquent de la demande d’un « croissant ordinaire » défendent avant tout le respect de la tradition. Travailler avec du beurre, c’est honorer un savoir-faire transmis depuis des générations, privilégier un produit noble plutôt qu’un assemblage industriel opaque.

Le goût justifie cette intransigeance. Si la teneur en matière grasse reste identique, l’expérience en bouche diffère radicalement. Le beurre apporte cette saveur authentique, ce fondant caractéristique que la margarine ne peut qu’imiter maladroitement. Une différence que les palais avertis perçoivent dès la première bouchée.

Cet engagement qualité rencontre son public. Les Français ne s’y trompent pas : 75 % d’entre eux plébiscitent les boulangers-pâtissiers comme leurs commerçants préférés selon l’étude Statista pour American Express. Mieux encore, 42 % franchissent la porte de leur boulangerie au moins tous les deux jours.

Cette fidélité récompense le travail des artisans qui refusent les compromis. En choisissant le beurre plutôt que la margarine, ces professionnels préservent une gastronomie française où le pain et les viennoiseries occupent une place centrale. Une exigence qui explique pourquoi demander un « croissant ordinaire » revient à nier ce qui fait la noblesse du métier.