Intervention d’enquêteurs financiers à l’Élysée mardi autour d’un contrat attribué

Des enquêteurs financiers aux portes de l’Élysée : un marché public lié aux cérémonies du Panthéon dans le viseur

Des enquêteurs de la brigade financière de la police judiciaire de Paris se sont rendus à l’Élysée ce mardi dans le cadre d’investigations portant sur l’attribution de certains marchés publics. Selon une source proche du dossier, confirmant une information du Canard enchaîné, ces démarches s’inscrivent dans une enquête visant notamment l’organisation des cérémonies d’entrée au Panthéon, confiées depuis plusieurs années à une même société d’événementiel, Shortcut Events.

Toutefois, les enquêteurs, accompagnés de magistrats du Parquet national financier, n’ont pas été autorisés à accéder aux locaux de la présidence de la République. Le procureur financier Pascal Prache a précisé que ce refus reposait sur l’article 67 de la Constitution, qui garantit l’inviolabilité des locaux rattachés à la fonction présidentielle. Cette disposition limite les possibilités d’intervention directe des autorités judiciaires au sein de l’Élysée durant le mandat du chef de l’État.

La présidence a confirmé la présence d’enquêteurs sur place, indiquant que les documents jugés communicables, c’est-à-dire ceux relevant de l’activité des agents détachables de celle du président, pourront être transmis sur demande. Cette position vise à concilier les exigences de la justice avec les protections constitutionnelles dont bénéficie l’institution présidentielle.

Parallèlement, les opérations menées ce mardi ont concerné plusieurs autres lieux, dont des domiciles, dans le cadre de perquisitions liées à cette affaire. Le procureur n’a pas fourni davantage de détails sur ces interventions, mais celles-ci s’inscrivent dans une information judiciaire ouverte en octobre 2025 pour des faits présumés de favoritisme, prise illégale d’intérêts, corruption et trafic d’influence.

Au cœur de l’enquête se trouve l’attribution de marchés publics relatifs à l’organisation des cérémonies de panthéonisation, supervisées par le Centre des monuments nationaux. Les enquêteurs s’interrogent notamment sur la régularité du choix de la société Shortcut Events, qui aurait été chargée de ces événements de manière récurrente depuis plus de vingt ans. Chaque cérémonie, qu’il s’agisse de figures historiques comme Missak Manouchian ou Joséphine Baker, représenterait un coût estimé à environ deux millions d’euros pour l’État.

Shortcut Events met en avant, sur son site internet, une expérience significative dans l’organisation d’événements d’envergure nationale. L’entreprise revendique notamment la gestion du 80e anniversaire du Débarquement en 2024, l’inauguration de la Cité internationale de la langue française en 2023 ou encore la célébration des dix ans de la loi Taubira en 2011. Cette présence constante sur des événements institutionnels majeurs alimente aujourd’hui les interrogations des enquêteurs quant aux conditions d’attribution de ces marchés.

L’article 67 de la Constitution joue un rôle central dans cette affaire. Il stipule que le président de la République ne peut être tenu responsable des actes accomplis dans l’exercice de ses fonctions pendant la durée de son mandat. Il ne peut également être contraint de témoigner ni faire l’objet de procédures judiciaires devant les juridictions françaises. Ce cadre juridique explique les limites rencontrées par les enquêteurs dans leurs démarches auprès de la présidence.

L’enquête se poursuit désormais en dehors des murs de l’Élysée, avec l’analyse des documents accessibles et les éléments recueillis lors des perquisitions. Elle devra déterminer si les règles de la commande publique ont été respectées ou si des irrégularités ont pu influencer l’attribution de ces marchés sensibles liés à des événements symboliques pour la mémoire nationale.