Un Testament Qui Change Tout
Le 12 août 2023, Robert s’éteint à 93 ans. L’ouverture de sa succession provoque un séisme familial. Dans son dernier testament, daté de septembre 2021, le nonagénaire désigne la commune du Pradet comme légataire universelle. En jeu : un patrimoine colossal de 9 millions d’euros, incluant sa maison varoise. Sa famille proche ? Totalement évincée.
La stupéfaction est totale. Ce legs radical efface d’un trait de plume fils, petits-enfants et arrière-petit-fils. Pourtant, les versions antérieures de ses testaments racontaient une histoire bien différente. En octobre 2020, Robert prévoyait de transmettre sa maison en usufruit à son fils et en nue-propriété à ses petits-enfants. Un mois plus tard, il y ajoutait son arrière-petit-fils. En février 2021, il transmettait ses biens en pleine propriété à son fils, réservant ses assurances-vie à ses petits-enfants. Avril 2021 : nouveau changement.
Puis, en septembre 2021, le basculement. Robert rédige un ultime testament qui bouleverse tout. La municipalité du Pradet devient sa seule héritière. La fortune familiale bascule dans l’escarcelle communale. Entre octobre 2020 et septembre 2021, quatre versions différentes. Une instabilité qui interroge, d’autant plus troublante sur une période si courte. Comment expliquer ces volte-face successives chez un homme de 93 ans ?
Une Série De Volte-Face Troublants
Les archives notariales révèlent une chronologie déconcertante. En l’espace de onze mois, Robert modifie quatre fois ses dernières volontés. Chaque nouveau testament contredit le précédent, dessinant une trajectoire erratique qui finira par évincer totalement sa famille.
Octobre 2020 : le schéma est classique. La maison en usufruit au fils Jean-Marie, la nue-propriété aux petits-enfants. Un mois plus tard, l’arrière-petit-fils rejoint le cercle des héritiers. Février 2021 marque un tournant : Robert décide de transmettre ses biens en pleine propriété à son fils, tout en réservant ses assurances-vie à ses petits-enfants. Avril 2021, nouveau revirement. Les contours du patrimoine familial se redessinent encore.
Puis vient septembre 2021. Le testament qui scelle tout. Robert biffe d’un trait sa descendance entière. La commune du Pradet hérite de l’intégralité. Les 9 millions d’euros, la villa, les actifs : tout bascule hors du cercle familial. Cette instabilité testamentaire sur une période si brève soulève des questions immédiates. Pourquoi ces revirements successifs chez un homme de 93 ans ? Comment un patrimoine destiné aux siens finit-il entre les mains d’une municipalité ?
L’avocat de Jean-Marie évoque la vulnérabilité de Robert. Âgé, sourd, malvoyant, incapable de se déplacer seul. Un contexte qui rend chaque changement de volonté encore plus troublant.
L’Accusation D’Abus De Faiblesse
Jean-Marie vit en Bretagne, à près de 1 000 kilomètres du Var. Quand il apprend la nouvelle, il saisit immédiatement la justice. Pour lui, son père a été manipulé. L’image qu’il donne de Robert dans les derniers mois est celle d’un homme diminué, vulnérable. Sourd, malvoyant, dépendant pour chaque déplacement. Un profil fragile, exposé aux influences extérieures.
Son avocate, Me Constance Muller, pointe plusieurs éléments troublants. D’abord, le changement de notaire. « Nous interrogeons l’intervention de la notaire dans la mise en place du testament sachant que le défunt avait un notaire de famille qui avait établi tous les précédents actes testamentaires », explique-t-elle au Figaro. Pourquoi abandonner le professionnel de confiance au moment décisif ?
Elle soulève aussi une proximité supposée entre cette notaire et la municipalité. Autre fait troublant : les gardiens de la villa. Ces employés sont restés dans les lieux après le décès en août 2023, ne quittant la propriété qu’en novembre 2025 après une décision de justice. Détail glaçant : ces mêmes gardiens étaient déjà devenus légataires universels de leur précédente employeuse de 92 ans en 2020. Devant la même notaire.
Le faisceau d’indices interroge. Entre la fragilité de Robert, le changement de rédacteur testamentaire et ce précédent troublant, le dossier accumule les zones d’ombre. La justice devra trancher : volonté libre ou manipulation d’un vieil homme isolé ?
La Bataille Judiciaire En Cours
Face aux accusations, la mairie du Pradet réagit avec prudence. Elle dit « comprendre le choc émotionnel qu’une telle nouvelle peut provoquer au sein d’une famille ». Mais elle ne cède pas. Pour elle, ce legs représente « une preuve d’affection pour sa commune ». Une volonté qu’il faut respecter, quoi qu’en pense la famille.
L’argument municipal repose sur un principe simple : les dernières volontés d’un défunt sont sacrées. Peu importe les revirements précédents, seul compte le testament final. Celui de septembre 2021, désignant la commune comme légataire universelle. La mairie appelle donc à « respecter les dernières volontés d’un défunt ». Un droit qu’elle entend défendre devant les juges.
Le dossier est désormais entre les mains du tribunal judiciaire de Toulon. Jean-Marie demande la nullité du testament. Il veut prouver que son père n’était plus en état de décider librement. Que des pressions ou manipulations ont orienté sa décision finale. La commune, elle, défend la validité de l’acte et sa légitimité à hériter.
Le délibéré est fixé au 28 avril. À cette date, la justice tranchera. Testament valide ou manipulé ? Volonté libre ou abus de faiblesse ? Deux visions s’affrontent pour 9 millions d’euros. L’une porte sur le respect des morts, l’autre sur la protection des vivants. Dans quelques semaines, l’une d’elles l’emportera.