L’enfant séquestré dans une camionnette depuis 2024 a affirmé aux enquêteurs que sa belle-mère voulait le placer en hôpital psychiatrique. Selon son récit, son père a été obligé de l’enfermer dans le véhicule
Une « longue histoire ». Voilà comment le garçon de 9 ans retrouvé dans une camionnette en Alsace a résumé son calvaire, a rapporté ce mercredi le procureur de Mulhouse, Nicolas Heitz, au cours d’un point presse ce mercredi. L’enfant a été découvert lundi dernier par les gendarmes d’Hagenbach (Haut-Rhin) dans le véhicule de son père, où il « vivait » depuis 2024. Retrouvé « pâle et manifestement dénutri », l’enfant était « couché en position fœtale, nu, recouvert d’une couverture sur un monticule de déchets et à proximité d’excréments ».
Le médecin légiste qui l’a examiné a noté une attitude recroquevillée de l’enfant, qui se met en position spontanée « genoux repliés » contre le tronc et ne peut déplier – encore aujourd’hui – les membres inférieurs, se mettre debout, ni marcher. Son poids et sa taille sont en deçà de la moyenne pour son âge. Le magistrat précise que le garçonnet ne présente aucune lésion traumatique génitale. Selon les médecins, il est impossible de mesurer à l’heure actuelle l’ampleur de ses séquelles. Il se trouve encore à l’hôpital mais est en « sécurité », selon les mots du magistrat.
« Il n’a pas eu le choix »

Tout a basculé début 2024, lorsque son père a emménagé avec sa nouvelle compagne à Hagenbach avec leurs enfants respectifs. La grande sœur du garçon, 12 ans aujourd’hui, a noté un « changement » de son petit frère à cette époque, avec un comportement « violent et en proférant des insultes ». Devant les gendarmes, le petit garçon a qualifié sa belle-mère de « méchante » et de « pire ennemie ».
Il estime que cette dernière aurait demandé à son père de l’envoyer à l’hôpital psychiatrique. « Mon père a dû me mettre dans la camionnette, il n’a pas eu le choix », a affirmé l’enfant, âgé de 7 ans quand il a été enfermé à l’automne 2024. Les voisins auraient également entendu la belle-mère crier contre les enfants et dire au père : « Si tu ne fais rien, c’est moi qui vais placer ce gosse. Il est intenable, je n’en peux plus. »
La dernière fois qu’il a pris une douche, c’était à l’été 2024. Dans la camionnette, il disposait d’un baluchon de vêtements et devait uriner dans des bouteilles vides. Son père vidait les déchets régulièrement mais ne lavait plus ses vêtements à la fin. Il lui apportait à manger deux fois par jour, « de l’eau chaude en hiver, de l’eau froide en été ». La grande sœur pensait son frère en hôpital psychiatrique.
Une plainte déposée par la mère
La mère des deux enfants nés en 2013 et en 2017 a perdu la garde après sa séparation avec leur père en octobre 2022, alors qu’elle était hospitalisée en psychiatrie. Une fois sortie, elle a saisi le juge aux affaires familiales en octobre 2024. « Constatant que l’état de santé de la mère semblait stabilisé » et qu’elle montrait son envie de s’impliquer dans la vie de ses enfants, le juge lui a accordé un droit de visite pendant un an en présence de tiers professionnels. Elle n’a jamais pu exercer ce droit, ne parvenant pas à contacter l’association en question.
Entendue par les enquêteurs dès le lendemain de la découverte de la victime, elle a expliqué « que son conjoint pouvait être dissimulateur, notamment sur la situation financière dégradée du couple », rapporte le procureur. Après avoir tenté de contacter l’école dans laquelle son fils était censé être scolarisé, elle a porté plainte, selon le procureur qui ne donne pas plus de précision sur cette question.
Déscolarisation
La dernière scolarisation de l’enfant retrouvé remonte à 2023-2034 : il était alors en CP. Le magistrat précise qu’aucun problème psychiatrique n’a jamais été décelé, contrairement à ce qu’affirment ses proches. Une enquête au sein de l’institution éducative, en parallèle de l’information judiciaire, vise à déterminer comment la déscolarisation de l’enfant a pu passer inaperçue.
Le père, âgé de 43 ans, mis en examen, a reconnu les faits et dit avoir agi pour « protéger son fils de sa belle-mère ». Sa compagne, âgée de 37 ans, a pour sa part été mise en examen pour « non-assistance à mineur de moins de 15 ans en danger et non dénonciation de mauvais traitements ». Placée sous contrôle judiciaire, elle conteste l’intégralité des faits.