Mort de Nahel : la justice écarte l’intention homicide et le policier ne sera pas jugé pour meurtre

Le Verdict Qui Fait Scandale : Quand La Justice Renonce À Juger Un Policier Pour Meurtre

La scène est glaçante. Un adolescent de 15 ans, Nahel Merzouk, touché à bout portant dans la région du cœur lors d’un contrôle routier en juin 2023 à Nanterre. Près de trois ans plus tard, la cour d’appel de Versailles rend sa décision ce jeudi 5 mars 2026. Le policier Florian M., auteur du tir mortel, ne sera pas jugé pour meurtre mais pour violences. Une requalification juridique qui provoque un choc immédiat.

« Cette décision est tout simplement honteuse et scandaleuse », martèle Me Franck Berton, avocat de Mounia Merzouk, la mère de Nahel. La cour d’appel justifie sa position en estimant « qu’il n’était pas établi que Florian M. était animé, au moment du tir, de la volonté d’ôter la vie au conducteur ». Selon les juges, le policier « avait pu avoir la conviction qu’en redémarrant, la Mercedes était susceptible de porter atteinte à l’intégrité physique de tiers ou à la sienne ».

Le contraste frappe : un tir mortel à bout portant, une victime adolescente, mais pas de cour d’assises. Florian M. comparaîtra devant la cour criminelle, une juridiction moins solennelle, sans jurés populaires. Pour Me Berton, cette décision va bien au-delà d’une simple requalification juridique. Elle marque selon lui un tournant dans le traitement judiciaire des violences policières.

“La Justice A Outrepassé Son Rôle” : La Colère De L’avocat De Mounia Merzouk

Le problème dépasse la simple requalification. Me Berton dénonce une irrégularité procédurale majeure. « La cour d’appel s’est prononcée sur l’intention de donner la mort. Ce n’est pas son devoir : elle doit normalement se demander s’il y a des charges suffisantes », explique-t-il à L’Humanité. En se prononçant sur l’intention homicide, les magistrats ont tranché un débat qui devait revenir aux jurés d’assises.

« Elle a d’ores et déjà tranché le débat qui aurait dû normalement se dérouler devant les jurés de la cour d’assises. Or, c’est contraire à la jurisprudence », poursuit l’avocat. Cette anticipation du jugement constitue selon lui un détournement de la procédure habituelle. La cour d’appel n’avait qu’à vérifier l’existence de charges suffisantes, pas à statuer sur les intentions du tireur.

Me Berton va plus loin en parlant de « déni de justice ». « La justice a confisqué le débat pour faire en sorte que ce policier ne se retrouve pas sur le banc de la cour d’assises. Il va donc comparaître devant la cour criminelle, ce qui est plus convenable pour l’image de l’institution policière », affirme-t-il. Une accusation lourde : selon lui, l’institution judiciaire protège l’institution policière au détriment de la vérité. Pour la mère de Nahel, cette décision confirme un schéma récurrent dans les affaires de violences policières.

Mounia Merzouk Face Au Système : 3 Ans Après La Mort De Nahel, Une Mère Trahie Par L’Institution

Derrière cette bataille juridique, une mère attend depuis bientôt trois ans. Juin 2023 : Nahel Merzouk, 15 ans, meurt à Nanterre lors d’un contrôle routier qui tourne au drame. Un refus d’obtempérer, un tir à bout portant, une vie fauchée. Mars 2026 : Mounia Merzouk découvre que la justice refuse de qualifier ce tir de meurtre.

« Aujourd’hui, la justice a outrepassé son rôle pour protéger un policier comme c’est trop souvent le cas dans les affaires de violences policières », déclare Me Berton au nom de sa cliente. Pour la mère de Nahel, cette décision confirme un schéma qu’elle dénonce depuis le premier jour : l’institution judiciaire protège l’institution policière. Les mots de son avocat résonnent comme un constat d’impuissance face à un système qui semble programmé pour éviter la cour d’assises aux représentants des forces de l’ordre.

Mounia Merzouk ne s’exprime pas directement, mais sa déception et sa colère transparaissent dans chaque phrase de Me Berton. Trois années à attendre un procès équitable. Trois années à espérer que la justice reconnaisse la gravité d’un tir mortel sur un adolescent. Et au final, une requalification qui transforme un potentiel meurtre en simples « violences ». Pour cette mère endeuillée, le message est brutal : son fils ne méritait pas un procès devant des jurés citoyens, mais un passage en cour criminelle, plus discret, plus convenable pour l’image des institutions.

Bataille Judiciaire Loin D’Être Terminée : Les Deux Camps Saisissent La Cour De Cassation

La décision de la cour d’appel ne clôt rien. Au contraire, elle ouvre un nouveau front. Me Franck Berton annonce son intention de saisir la Cour de cassation pour contester cette requalification. Son objectif : faire reconnaître que la cour d’appel a outrepassé ses prérogatives en se prononçant sur l’intention de tuer, débat qui devait revenir aux jurés.

Mais l’avocat de Mounia Merzouk n’est pas le seul à vouloir porter l’affaire devant la plus haute juridiction française. Me Laurent-Franck Liénard, conseil de Florian M., annonce lui aussi un recours en cassation. Son but ? Diamétralement opposé. « La cour n’a pas eu le courage de prononcer le non-lieu qu’elle devait prononcer puisque nous sommes dans un cas d’application stricte du droit et mon client n’a fait qu’appliquer la loi », déclare-t-il à France 24.

La défense du policier réclame donc un abandon total des poursuites, estimant que le tir était légalement justifié. Pendant ce temps, la partie civile se bat pour obtenir un procès aux assises. Entre ces deux positions inconciliables, la Cour de cassation devra trancher. En attendant, Florian M. sera jugé devant la cour criminelle, une juridiction sans jurés populaires, « plus convenable pour l’image de l’institution policière », selon Me Berton. Le combat judiciaire de Mounia Merzouk est loin d’être achevé.