Nahel Merzouk : le policier auteur du tir mortel jugé pour violences et non pour meurtre, la cour d’appel écarte l’intention de tuer

Le Tir Mortel De Nanterre : Une Requalification Qui Change Tout

La scène est glaçante. Le 27 juin 2023, à Nanterre, Nahel Merzouk, 17 ans, est abattu à bout portant par le policier Florian M. lors d’un contrôle routier. Les images, filmées et massivement partagées sur les réseaux sociaux, montrent l’insoutenable : un adolescent tué d’une balle tirée à quelques centimètres. La France s’embrase. Plusieurs nuits d’émeutes éclatent dans tout le pays. L’onde de choc est nationale.

Près de trois ans plus tard, ce jeudi 5 mars 2026, la justice tranche. Mais pas comme prévu. La cour d’appel de Versailles requalifie les faits : Florian M. ne sera pas jugé pour meurtre devant la cour d’assises. Il comparaîtra devant la cour criminelle pour violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Un basculement juridique majeur.

L’argument de la cour est sans appel : « Il n’était pas établi que Florian M. était animé, au moment du tir, de la volonté d’ôter la vie au conducteur ». Les juges d’instruction, eux, avaient conclu à l’intention homicide. Pas la cour d’appel. Elle refuse de suivre cette qualification. Le procès aura bien lieu, mais la nature des accusations change radicalement. Pour la famille de Nahel et ses soutiens, c’est un coup de massue. Pour la défense du policier, c’est une première victoire.

Les Motivations De La Cour : Quand La Loi Protège Le Policier

La cour d’appel justifie sa décision par un argument précis : Florian M. « avait pu avoir la conviction qu’en redémarrant, la Mercedes était susceptible de porter atteinte à l’intégrité physique de tiers ou à la sienne ». Autrement dit, le policier aurait agi par réflexe défensif, pas par volonté de tuer. Cette interprétation change tout.

Entre « meurtre » et « violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner », la frontière est mince juridiquement, mais massive en termes de conséquences. La cour d’assises, avec son jury populaire, laisse place à la cour criminelle, composée uniquement de magistrats professionnels. Les peines encourues diffèrent également. La requalification protège le fonctionnaire d’une condamnation plus lourde.

L’autre policier présent ce jour-là obtient, lui, un non-lieu confirmé. Aucune poursuite. La cour estime qu’il n’a commis aucune faute. Deux agents, deux destins judiciaires. Mais pour Florian M., la partie n’est pas gagnée : un procès l’attend toujours. Reste à savoir si cette décision juridique tiendra face aux recours annoncés.

Car les avocats, des deux côtés, ne comptent pas en rester là. La bataille judiciaire ne fait que commencer.

La Défense Du Policier : “Application Stricte Du Droit”

Maître Laurent-Franck Liénard, avocat de Florian M., sort du tribunal avec un constat clair : « S’agissant de mon client, la cour a décidé qu’il n’y avait pas d’intention d’homicide, c’est-à-dire qu’il n’a pas essayé de tuer Monsieur Nahel Merzouk ». Pour la défense, c’est une victoire partielle, mais insuffisante.

L’avocat ne cache pas sa déception. Il aurait voulu mieux : un non-lieu total. « La cour n’a pas eu le courage de prononcer le non-lieu qu’elle devait prononcer puisque nous sommes dans un cas d’application stricte du droit et mon client n’a fait qu’appliquer la loi », déclare-t-il. L’argument est radical : Florian M. n’aurait fait que son métier, dans le respect du cadre légal autorisant l’usage de l’arme.

Pour Maître Liénard, la requalification ne suffit pas. Il annonce qu’il va « certainement saisir la Cour de cassation ». L’objectif : obtenir l’annulation totale des poursuites. Selon lui, aucun procès ne devrait avoir lieu. Le policier aurait agi en légitime défense, point final.

Cette ligne de défense assume un parti pris : transformer le tireur en simple exécutant de la loi. Mais pour le camp adverse, cette version des faits est inacceptable. La colère gronde déjà.

La Colère De La Famille : “Décision Scandaleuse Et Honteuse”

De l’autre côté du prétoire, la réaction est immédiate et cinglante. Maître Frank Berton, avocat de Mounia Merzouk, ne mâche pas ses mots : cette décision est « scandaleuse et honteuse ». Pour la mère de Nahel et ses soutiens, la justice vient de tourner le dos aux victimes.

« Je peux vous dire que la mère de Nahel est scandalisée, tous ses comités de soutien le sont aussi : jusqu’à présent ils ont fait confiance à la justice, et la chambre de l’instruction de Versailles confisque le débat qui devait se tenir devant une cour d’assises », dénonce l’avocat. La frustration est totale. Le procès devant les assises, avec jury populaire, était pour eux l’assurance d’un débat public et transparent.

Maître Berton va plus loin. Selon lui, cette requalification revient à « mettre en place des barrières de protection pour le policier, en disant bien évidemment, on ne va pas renvoyer un policier devant une cour d’assises ». Pour la défense de la famille, il s’agit d’« une décision pas que juridique mais aussi politique ». Une manière de protéger l’institution policière plutôt que de rendre justice à Nahel.

L’avocat annonce un pourvoi en cassation sur les dispositions civiles. Le combat judiciaire est loin d’être terminé. Deux camps, deux visions inconciliables de cette affaire qui continue de diviser la France.