Où passent vraiment les profits de TotalEnergies ? La piste suisse intrigue

Total Energies a gagné plus d’un milliard de dollars depuis le début de la guerre au Moyen-Orient. Cela pourrait aider l’économie française grâce aux impôts. Cependant, des choix fiscaux de l’entreprise, considérés comme suspects par certains, interrogent.

L’entreprise TotalEnergies ne paie quasiment pas d’impôts sur les sociétés en France. Mais, d’après la multinationale, c’est parce que ses profits sont ailleurs : « TotalEnergies paie ses impôts dans les pays où elle réalise des bénéfices. TotalEnergies ne délocalise pas ses profits dans des pays à faible fiscalité ».

Un communiqué qui a fait réagir l’économiste Gabriel Zucman : « Vos comptes montrent néanmoins que vous avez déclaré 5,9 milliards de profits en 2024 dans ce ‘reste du monde’ à la fiscalité si douce qui comprend la Suisse ». Alors, le groupe TotalEnergies échappe-t-il à l’impôt grâce à son activité en Suisse ?

« Un indicateur très fort d’anormalité »

Pour prouver sa bonne foi, TotalEnergies publie un rapport annuel sur ses impôts et profits générés dans chaque pays. Par exemple, la multinationale montre qu’elle n’a pas réalisé de bénéfices aux Bahamas et a même perdu de l’argent aux Bermudes, deux paradis fiscaux. Mais, à la dernière ligne, une catégorie obscure apparaît : « Reste du monde ». On ne sait pas quels pays sont concernés, mais ils ont rapporté quasiment 5,9 milliards de dollars de bénéfices en 2024, un quart des profits mondiaux de TotalEnergies. Peu de taxes et des bénéfices par employé très élevés. En moyenne, les salariés du reste du monde ont rapporté plus de 380 000 dollars chacun en 2024.

Des signaux souvent associés à une forme poussée d’optimisation fiscale. « C’est vraiment pour nous, chercheurs, un indicateur très fort d’une situation, disons, d’anormalité. On s’est rendu compte dans nos recherches qu’il y avait des pays, les paradis fiscaux justement, dans lesquels il y avait énormément de profits et très peu d’employés. Ça, c’est caractéristique de ce qu’on appelle en anglais le profit shifting, ou le déplacement de profits, c’est-à-dire que les profits sont réalisés dans un autre pays, puis déplacés par des opérations comptables et financières dans des pays dont le but principal est d’y payer des impôts plus faibles », explique Sébastien Laffitte, enseignant-chercheur en économie à CY Cergy Paris Université.

« TotalEnergies ne délocalise pas ses profits dans des pays à faible fiscalité »

Impossible d’affirmer que c’est le cas pour TotalEnergies compte tenu des chiffres peu précis qui sont communiqués. En revanche, son activité en Suisse est effectivement peu imposée et très rentable grâce à sa filiale de trading. Elle a parié sur le pétrole au Moyen-Orient au début de la guerre, au point de réaliser un profit exceptionnel, comme le révèle le Financial Times. « Les traders du groupe auraient engrangé plus d’un milliard de dollars après avoir acheté toutes les cargaisons de pétrole brut produites aux Émirats arabes unis et à Oman », pouvait-on lire dans un article publié le 30 mars dernier.

Interrogé sur sa filiale suisse, le groupe n’apporte pas de précision, mais dénonce une critique injustifiée : « Le taux d’imposition mondial moyen de TotalEnergies est de 43 % depuis 2022, quand le taux d’impôt sur les sociétés en France est de 25 %. Avec un tel taux moyen, il est donc assez facile de comprendre que TotalEnergies ne délocalise pas ses profits dans des pays à faible fiscalité ». TotalEnergies déplace-t-il ses profits en Suisse ? Impossible de le dire. En revanche, la société a bien choisi un pays à la fiscalité avantageuse pour y localiser l’une de ses activités les plus rentables.