C’est un enjeu de santé publique sous-estimé alors qu’il impacte directement l’autonomie des seniors. Une récente enquête menée auprès de séniors montre pourquoi la prévention de ces troubles est indispensable.
La perte d’autonomie, aussi appelée dépendance, se définit par un état durable de l’incapacité pour une personne d’effectuer par elle-même certains actes de la vie quotidienne (faire sa toilette, s’habiller, se nourrir, se déplacer…), et qui a besoin d’une aide matérielle ou humaine pour effectuer ces actes.
Certaines maladies comme l’arthrose, les troubles cardiovasculaires ou la perte auditive non appareillée peuvent contribuer à une perte progressive d’indépendance. Les troubles visuels aussi. D’après une récente enquête OpinionWay pour l’Association nationale pour l’amélioration de la Vue (Asnav) de février 2026, sur les 18 millions de personnes de plus de 60 ans, plus de 2 millions de personnes seniors déclarent une perte d’autonomie ou une limitation d’activités liée à une déficience visuelle insuffisamment pris en charge.
Troubles visuels : omniprésents chez les seniors, mais pas toujours pris en charge
“Alors que le vieillissement de la population s’accélère, les troubles visuels liés à l’âge constituent un enjeu majeur de santé publique, souligne dans un communiqué diffusé le 2 avril dernier, l’Association pour l’Amélioration de la Vue (Ansnav). Ainsi, d’après les derniers résultats de l’enquête OpinionWay pour l’Association nationale pour l’amélioration de la Vue de février 2026, plus de 2 millions de personnes seniors (14% des plus de 65 ans) déclarent une perte d’autonomie ou une limitation d’activités liée à leur vision, par exemple pour descendre un escalier ou conduire de nuit. L’enquête a été menée su un échantillon de 424 personnes âgées de 65 ans et plus, issu d’un échantillon de 1 090 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.
« Les troubles visuels sont très fréquents chez les seniors, souligne l’Asnav, y compris chez ceux déjà équipés de lunettes. » Ainsi, 36 % d’entre eux continuent de rencontrer des difficultés, notamment en raison d’une baisse de la sensibilité aux contrastes, tandis que 77 % sont incommodés par une lumière trop intense.
La conduite est également impactée : 68 % des seniors déclarent être gênés la nuit, contre 28 % en journée. À ces troubles s’ajoutent des pathologies comme la cataracte, la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) ou encore le glaucome, qui peuvent être traitées ou stabilisées lorsqu’elles sont détectées suffisamment tôt.

En résumé, comme le résume l’Asnav, “la combinaison de troubles de la réfraction, du vieillissement naturel de l’œil et de pathologies ophtalmologiques explique que de nombreuses personnes ressentent des difficultés, malgré le port de leurs lunettes ou lentilles.”
« Lorsqu’une personne âgée ne voit plus, il y a souvent un fatalisme. »
Pourtant des solutions médicales et d’accompagnement existent, regrette l’association, qui cite les interventions médicales, les aides optiques, l’accompagnement orthoptique ou les aménagements du domicile, en complément de la correction optique. Mais seuls 33 % des sondés déclarent consulter avant l’apparition des symptômes et 24 % estiment ne pas ressentir le besoin de consulter plus souvent. Finalement, seuls 45 % consultent spontanément pour une visite de routine. Qui plus est, le recours à des solutions médicales et autres restent insuffisamment exploitées. « Lorsqu’une personne âgée ne voit plus, il y a souvent un fatalisme. Elle pense que c’est la vieillesse et qu’on ne peut rien faire. Pourtant, même en l’absence de traitement curatif, des solutions existent », explique Véronique Morin, orthoptiste et opticienne, Responsable Scientifique et Pédagogique de l’AsnaV.
Les troubles visuels, un facteur de risque de chutes chez les personnes âgées
S’ils sont insuffisamment corrigés, les troubles visuels contribuent à compromettre le maintien de l‘autonomie des personnes âgées. De fait, ils influencent l’équilibre et augmentent le risque de chutes. Ils peuvent en outre contribuer à l’isolement des personnes âgées et à la dépression.
Dans ses recommandations pour l’éducation thérapeutique des patients à risque de chute, la Haute autorité de santé préconise entre autre la visite régulière de l’ophtalmologiste dans le but de dépister des pathologies, telles que le glaucome ou la cataracte, facteurs de risque de chute.