Tensions avec l’Iran : pourquoi les appels au 25e amendement contre Donald Trump sont contestés


Habitué aux controverses, Donald Trump a franchi un nouveau seuil le 7 avril en menaçant de détruire « toute une civilisation » en Iran. Des propos qui ont suscité une vague de critiques, y compris au sein de son propre camp.

Du côté démocrate, la réaction a été immédiate : plus de 70 élus, mettant en doute ses capacités à exercer ses fonctions, ont réclamé sa destitution. Certains ont évoqué le 25e amendement — qui permet au vice-président et au gouvernement de déclarer un président inapte — tandis que d’autres ont engagé une procédure de mise en accusation.

Fait plus marquant encore, plusieurs figures conservatrices ont également exprimé leur désaccord. L’ancienne élue de Géorgie, Marjorie Taylor Greene, a dénoncé sur X une dérive qu’elle qualifie de « mal » et de « folie ». De son côté, Tucker Carlson a accusé Donald Trump de menacer de commettre « un crime de guerre » et « un crime moral ».

Des signes de fracture sont aussi apparus parmi ses soutiens les plus fidèles. Trisha Hope, militante liée aux événements du assaut du Capitole du 6 janvier 2021, a exprimé sa « profonde tristesse », estimant que ce n’est pas le mouvement MAGA qui a changé, mais bien Donald Trump, appelant à son départ.

Le lendemain de ces déclarations controversées, Donald Trump a annoncé un cessez-le-feu de deux semaines avec Téhéran. Malgré cela, la tempête politique ne semble pas s’apaiser.

Un mécanisme constitutionnel qui « n’a jamais été invoqué »

Le 25e amendement a été ratifié à la suite de l’assassinat du président John F. Kennedy, en 1967. Il a établi une ligne claire de succession présidentielle et a mis en place dans sa section 4 une procédure permettant de destituer un président jugé incapable d’exercer ses fonctions. Mais ce mécanisme est loin d’être simple et « n’a jamais été invoqué », comme l’explique Mario Del Pero, professeur de politique américaine à Sciences-Po Paris.

Le vice‑président et la majorité du cabinet doivent d’abord adresser une déclaration écrite aux deux chambres du Congrès dans laquelle ils affirment que le président n’est pas en mesure d’assumer son rôle. Le vice‑président devient alors immédiatement président par intérim. Mais si le président conteste cette décision – ce que ferait certainement Donald Trump –, la question revient au Congrès. Une majorité des deux tiers à la Chambre des représentants et au Sénat est alors nécessaire pour maintenir la destitution.

« Ce que nous voyons aujourd’hui, et que nous avons vu aussi après le 6 janvier 2021, n’a aucun précédent en tant que débat politique et public de grande ampleur », estime Mario Del Poro.

Un cabinet « d’ultra‑fidèles » et une base qui tient bon

Le moment où le 25e amendement a été le plus proche d’être invoqué remonte aux derniers jours du premier mandat de Donald Trump, juste après l’assaut du Capitole du 6 janvier 2021. Finalement, cette option n’a pas été retenue, et les obstacles à une telle procédure semblent aujourd’hui encore plus importants.

Selon Mario Del Pero, l’actuel cabinet présidentiel est composé d’« ultra-fidèles et de fanatiques ». Le vice-président, pour sa part, reste proche de Donald Trump. Cette semaine, J. D. Vance — acteur clé dans une éventuelle activation de la section 4 — se trouvait à Budapest. Il aurait échangé avec le président pour l’inviter à s’adresser à une foule réunie en soutien au Premier ministre hongrois Viktor Orbán. Aucun membre du gouvernement n’a publiquement pris ses distances avec Donald Trump concernant ses déclarations sur l’Iran.

De son côté, Denis Lacorne se montre tout aussi sceptique quant à une possible utilisation du 25e amendement. Selon lui, ce mécanisme « ne fonctionne pratiquement jamais, sauf dans des cas extrêmes comme un coma », en raison des nombreuses contraintes qui l’encadrent. « En réalité, c’est inutile », estime ce spécialiste des présidents américains depuis les années 1960.

Enfin, malgré certaines critiques, les divisions au sein du mouvement MAGA restent limitées, souligne Denis Lacorne. Les personnalités qui se sont opposées à Donald Trump disposent d’une certaine influence médiatique, mais ne traduisent pas un affaiblissement global de sa base. « L’électeur MAGA moyen suit Trump, pas Tucker Carlson », conclut Mario Del Pero.

Un langage sans précédent dans l’histoire politique américaine

Alors que le mécanisme politique entourant le 25e amendement montre ses limites, la rhétorique actuelle de Donald Trump est sans précédent dans l’histoire américaine pour un chef d’État américain. Dans le média The Atlantic, l’historienne Barbara A. Perry relève que tous les précédents présidents américains ont cherché, malgré leurs défauts dans le cercle privé, à paraître mesurés et responsables lorsqu’ils s’adressaient à la nation au sujet de la guerre.

Les diatribes grossières de Richard Nixon étaient confinées à des conversations enregistrées avec son entourage. Même lors de la crise des otages iraniens de 1979, Jimmy Carter, ancien officier de marine, avait privilégié la diplomatie patiente plutôt qu’un discours public incendiaire, estimant qu’un langage agressif mettrait en danger les 66 Américains retenus à Téhéran.

Aussi, la publication de Donald Trump le dimanche de Pâques, qualifiant les dirigeants iraniens de « tarés » et les avertissant qu’ils « vivraient en enfer », tranche radicalement avec « ses prédécesseurs, même les plus grossiers », selon Barbara A. Perry.

Maintenir l’unité de la loyale base Maga

Si une procédure de destitution paraît hors de portée tant que les républicains contrôlent les deux chambres du Congrès, et que le 25e amendement reste politiquement inapplicable, les principaux contre-pouvoirs face à Donald Trump proviennent aujourd’hui du système judiciaire. Plusieurs juges fédéraux ont ainsi suspendu des décrets présidentiels pour des raisons constitutionnelles. Même la Cour suprême des États-Unis, pourtant souvent favorable à l’administration, a bloqué certaines mesures importantes, notamment en matière de droits de douane, infligeant un revers notable au président.

Une victoire des démocrates lors des élections de mi-mandat, prévues en novembre, pourrait toutefois rebattre les cartes. En reprenant le contrôle de la Chambre des représentants, ils obtiendraient la présidence de commissions stratégiques disposant d’un pouvoir d’enquête et de convocation. Cela ouvrirait la voie à des investigations sur les activités de la famille Trump, ses investissements dans les cryptomonnaies ou encore ses liens financiers avec les États du Golfe.

Pour Mario Del Pero, « si des scandales majeurs venaient à éclater, une procédure de destitution pourrait redevenir envisageable, mais cela reste encore lointain ». À ce stade, la solidité politique de Donald Trump repose essentiellement sur la fidélité de la base MAGA et sur sa capacité à la maintenir unie. « Trump incarne le mouvement MAGA et parvient à absorber même les revirements politiques les plus radicaux », analyse-t-il, ajoutant que son départ pourrait accentuer fortement les divisions internes.