Jugé pour prise illégale d’intérêts et détournement de fonds publics dans l’affaire de la rémunération d’un ancien collaborateur de la Ville via des subventions municipales, il a été sonné par les réquisitions du parquet ce mercredi. Son avocat a plaidé la relaxe.
Le ministère public a requis mercredi devant le tribunal correctionnel de Nanterre une peine de trois ans d’emprisonnement, dont 18 mois avec sursis probatoire, contre l’ancien maire de Levallois-Perret Patrick Balkany, jugé pour détournement de fonds publics et prise illégale d’intérêts.
La procureure a également réclamé une amende de 350 000 euros, 10 ans d’inéligibilité, l’interdiction d’exercer dans la fonction publique pendant cinq ans et l’affichage de la décision pendant un mois. Fustigeant une « atteinte à la société et à l’État » appelant une « action ferme », la magistrate a toutefois précisé avoir pris en considération « l’âge et la santé » du prévenu, aujourd’hui âgé de 77 ans.
Au centre du procès figurent les liens étroits entre l’ancien baron francilien et son ex-directeur du développement économique, Renaud Guillot-Corail, décédé en 2020. La justice reproche à M. Balkany d’avoir utilisé une association subventionnée par la ville, le Codeeil, pour assurer un confortable complément de revenus à son collaborateur au lendemain de son départ à la retraite en 2012.
De luxueux voyages en première classe vers Cuba et Miami
Lors de son réquisitoire, l’accusation a méthodiquement démonté le fonctionnement de cette « association transparente », conçue selon elle pour s’affranchir des règles de la fonction publique territoriale. L’édile, qui a régné « sans partage » sur sa commune pendant plus de trente ans, a usé de son « autorité naturelle » et d’un charisme tels qu’il n’était « pas facile de dire non », a souligné la magistrate.
Elle a souligné l’« omerta » des fonctionnaires locaux et les difficultés rencontrées par les enquêteurs. Ce montage a permis à M. Guillot-Corail de cumuler sa pension de retraite avec un salaire net dépassant « 11000 euros par mois » Il louait aussi une « maison de ville de 140 mètres carrés à Levallois » pour un loyer « minime » de « 1400 euros ». Financée par des subventions municipales atteignant 855 000 euros au total, la structure a également pris en charge de luxueux voyages en première classe vers Miami, Pointe-à-Pitre, Cuba ou Saint-Domingue.
En contrepartie, l’enquête n’a trouvé aucune trace de véritable « production intellectuelle » de la part du bénéficiaire. L’ancien maire « a en réalité remercié (…) son collaborateur », a résumé la représentante du parquet, dénonçant l’existence d’un « système ». Balayant l’argument de la prescription soulevé par la défense, la procureure a estimé que cette « infraction occulte » s’était poursuivie sans discontinuer jusqu’en 2018.
« 22 de tension »
Plaidant la relaxe, l’avocat de Patrick Balkany, Me Robin Binsard, a rejeté toute « présomption de culpabilité » et fustigé la « sévérité » des réquisitions. Demandant à la cour de ne pas juger « le baron des Hauts-de-Seine, juste l’homme », il a martelé qu’« il n’existe aucune certitude dans ce dossier ». Invité à conclure, Patrick Balkany s’est dit « très serein ». « La justice, elle se trompe parfois, j’espère qu’elle reconnaîtra cette fois ma bonne foi », a-t-il déclaré. La décision a été mise en délibéré au 28 mai.
Le procès doit reprendre jeudi matin pour l’examen d’une seconde affaire, portant sur l’utilisation illégale de policiers comme chauffeurs privés. Le prévenu a refusé de siéger mercredi après-midi pour aborder ce volet, affirmant avoir achevé l’audience de la veille avec « 22 de tension ».