Libéré après trois ans dans les geôles iraniennes, Benjamin Brière dénonce aujourd’hui l’aberration administrative de son retour en France. Entre radiations et injonctions fiscales lunaires, l’ancien prisonnier témoigne d’un État incapable de gérer l’après-captivité.
Sortir d’une prison islamique ne protège pas des foudres du fisc. Après 1 079 jours de captivité pour espionnage et propagande, Benjamin Brière a découvert que sa libération, en mai 2023, marquait le début d’un nouveau calvaire : celui de la réinsertion.
Radié de la Sécurité sociale et de France Travail, il s’est heurté à un mur bureaucratique, particulièrement au sein des services des impôts, où l’on a feint d’ignorer sa situation d’otage à 4 000 kilomètres de Paris.
Le dialogue de sourds avec les impôts
Souhaitant régulariser sa situation pour « repartir de zéro », Benjamin Brière s’est heurté à des demandes pour le moins déconcertantes de la part de l’administration fiscale. « On m’a demandé pourquoi je n’avais rien déclaré depuis quatre ans », explique-t-il. Malgré ses explications sur sa détention en Iran, l’agente lui aurait répondu sans détour que « même en prison, on fait sa déclaration » ou que sa famille aurait pu s’en charger.
Une exigence impossible à respecter pour le jeune homme : « La première année de détention, je n’ai pas pu communiquer avec ma famille. » Ses rares appels une quinzaine de minutes toutes les six semaines étaient consacrés à des besoins essentiels, bien loin des démarches administratives.
Un abandon financier et juridique
Ces déboires fiscaux ne sont que la partie émergée d’un naufrage administratif. Sans argent pour se loger ou payer ses soins psychiatriques, Brière a dû remuer ciel et terre pour récupérer 8 000 euros d’indemnités chômage.
Pour lui, l’État français, qui exige parfois que les familles paient elles-mêmes les billets de retour, semble incapable de gérer l’après-captivité. « Pour obtenir libération, il faut avancer beaucoup, beaucoup de frais », souligne-t-il.
Avec l’association SOS Otages, il réclame désormais un statut juridique et une allocation spécifique pour que les anciens otages ne soient plus traités comme « des contribuables en retard », mais comme des victimes à reconstruire.